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Intervention de Laurent AUJEAN
Fonctionnaire à la Direction Générale "Emploi et affaires Sociales"

Je tiens à vous remercier d’avoir invité la Commission européenne à participer à cette Conférence de clôture de ce projet "A Quoi Joues-Tu ?". Je vais essayer de vous présenter brièvement les objectifs et instruments de la politique européenne en matière d’égalité Homme/Femme. La lutte contre les stéréotypes est une des priorités de l’actuel programme communautaire pour l’égalité entre les femmes et les hommes ;

En 2005, près de 24 projets ont bénéficié d’un financement communautaire pour un total de 7 M € visant donc à promouvoir un changement dans les rôles basés sur le genre et pour éliminer les stéréotypes de genre.

Le projet "A Quoi Joues-Tu ?" faisait donc partie de ces projets et constituait un bon exemple de partenariat transnational. Il part de l’idée que les stéréotypes sur le rôle des garçons et des filles sont véhiculés dès la petite enfance et déterminent fortement les inégalités entre hommes et femmes. Ces stéréotypes ont notamment pour conséquence d’influencer et de limiter les jeunes filles et les femmes dans leur choix de formation et de carrière. Ce projet avait donc pour tache de créer des méthodes permettant de réduire les stéréotypes de sexe dans nos pratiques éducatives : il participe donc comme d’autres aux changements de mentalités vis a vis des rôles des femmes et des hommes dans la société. Ces changements de mentalités sont indispensables mais ils sont lents et difficiles à susciter.

Dans le domaine de l’égalité Homme/Femme les changements législatifs ont souvent précédé les changements sociétaux. Comme vous le savez, la législation européenne dans le domaine de l’égalité entre hommes et femmes est très importante. Les premières directives datent des années 70 et on en compte maintenant plus d’une dizaine. Celles ci couvrent l’égalité de traitement dans l’emploi, l’égalité des droits sociaux, un accès égal à la formation et à l’emploi ainsi que le congé de maternité et le congé parental. Cet ensemble législatif a encore évolué ces dernières années. En 2005 par exemple la commission a proposé une directive "refonte" qui regroupe en un seul instrument législatif six directives concernant l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes dans le domaine de l’emploi. Cela permettra d’améliorer l’accessibilité et la lisibilité de la législation communautaire. Enfin, une directive de 2004 traite de l’égalité de traitement dans les domaine de la fourniture et de l’accès aux biens et aux services. C’est donc la première directive concernant l’égalité Homme/Femme qui sort du domaine de l’emploi. Ces différents instruments législatifs ont permis de faire évoluer positivement l’égalité entre les sexes, principalement dans le domaine de l’emploi Cela dit, comme vous le savez, la législation ne suffit pas : il y a de nombreux stéréotypes, comme vient encore de nous le décrire dans son exposé Karine Henriotte, et ces nombreux stéréotypes continuent d’empêcher les femmes d’avoir la place qu’elles méritent dans la société. L’UE a donc développé un ensemble d’instruments - au delà des directives et des textes législatifs - pour s’attaquer aux inégalités Homme/Femme : il s’agit par exemple du financement d’actions spécifiques. Cela concerne ainsi les Fonds structurels, en particulier le Fonds social Européen qui soutient, dans les 25 Etats membres, des projets dont un des buts est de faciliter l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Pour citer un autre exemple, la Commission européenne a également mis en place un programme visant à faciliter l’entreprenariat féminin à travers un soutien personnalisé, l’accès à l’information et à la formation, l’accès aux crédits.

Enfin ,grâce au programme actuel lié à la stratégie cadre communautaire en faveur de l’égalité du genre qui couvrait la période 2001-2005 et qui a été prolongé pour l’année 2006, la CE a financé plus de 125 projets transnationaux pour promouvoir l’égalité de genre. Depuis 2001 les thèmes des projets ont donc été :
- l’égalité de rémunération
- la conciliation de la vie privée et de la vie professionnelle
- l’égalité dans la prise de décisions économiques et politiques
- la lutte contre la violence
- la lutte contre les stéréotypes

Cette année, il s’agira de promouvoir l’égalité de genre dans le développement local. A partir de 2007, le financement de projets dans le domaine s’effectuera via le programme Progress. Ce programme traite aussi plus largement de l’emploi, de la protection sociale, de l’inclusion, des conditions de travail... Il couvrira la période 2007-2013 avec un budget de 630 M€ dont 8% (plus de 50M€) seront destinés spécifiquement à l’égalité entre les femmes et les hommes ; Outre le financement en actions, un élément clé de la politique européenne en faveur de l’égalité de genre est ce qu’on appelle le "gender main straiming", à savoir la prise en compte dans l’ensemble des politiques de la dimension du genre. Ce processus est très important ; il est plus avancé dans certains domaines politiques que dans d’autres : l’emploi, l’insertion sociale, les sciences et la recherche ainsi que les relations extérieures... sont autant d’exemples de bonnes pratiques au niveau communautaire.

Enfin, il est bien entendu indispensable d’effectuer un suivi des indicateurs en matière d’égalité ; cela sera la tache du futur Institut européen du genre décidé lors de la Journée internationale de la femme 2005 par la Commission européenne et que le Parlement européen et le Conseil devraient entériner cette année. Espérons au plus vite pour qu’il puisse débuter réellement ses travaux à partir de 2007. En terme de suivi des indicateurs, il y a également un rapport que la Commission réalise depuis 2004 et qui est remis aux Chefs d’Etat et de Gouvernements à chaque Sommet de printemps, c’est à dire la semaine prochaine. Il sert à faire un bilan des avancées en matière d’égalité Homme/Femme mais aussi à présenter les défis à relever et les orientations stratégiques à suivre dans le futur. Le dernier rapport constate que des progrès ont pu être enregistrés notamment au niveau de l’emploi : sur les 5 dernières années, plus de ¾ des nouveaux emplois ont été occupés par des femmes et le taux d’emploi féminin a atteint 56%. On s’est donc rapproché de l’objectif de la Stratégie de Lisbonne en matière de taux d’emploi féminin, qui est de 60% . Ce rapport montre aussi que des défis restent encore importants. Dans l’Europe des 25, les femmes représentent aujourd’hui 58% des diplômés universitaires, mais elles continuent de gagner en moyenne 15% de moins que les hommes. Donc, voilà un paradoxe important. Cela s’explique notamment par le fait que les femmes connaissent plus de difficultés que les hommes à concilier leur vie professionnelle et leur vie privée du fait d’un partage toujours inégal des taches domestiques et familiales. Ainsi, elles travaillent plus souvent que les hommes à temps partiel ou dans des contrats à durée déterminée ; elles font plus de pauses dans leur carrière et ont souvent moins d’ancienneté. Les femmes doivent donc encore aujourd’hui, plus que les hommes, choisir entre leur travail et leurs responsabilités familiales. Mais l’écart de rémunération provient aussi des différences dans les secteurs et les professions dans lesquels les hommes et les femmes travaillent. La moitié des femmes sont employées dans les secteurs de la santé, de l’éducation et l’administration... alors que cette part n’est de 20% chez les hommes. Ceci est lié aux différences de choix des études entre les sexes. Au niveau européen, si 47% des femmes diplômées de l’enseignement supérieur sont dans les filières de la santé, de l’éducation, des arts et des lettres, cette part n’est que de 22% chez les hommes A l’inverse les hommes diplômées du supérieur sont à 40% dans les filières des sciences, mathématiques, informatique et ingénierie tandis que cette filière ne représente que 13% des diplômées chez les femmes. Il s’agit parfois de questions de vocabulaire, par exemple les noms des filières. Ainsi une étude à l’Université de Barcelone a montré qu’en changeant le nom des études informatiques, en passant de sciences informatiques à ingénieries informatiques, la part des étudiantes était passée de 15 à 8%. Donc parfois cela se joue juste sur des questions de vocabulaire comme vous le souligniez tout à l’heure. Ce que l’on appelle la ségrégation sectorielle et professionnelle est donc un domaine dans lequel beaucoup de progrès restent à effectuer, d’autant que les actions visant à changer les mentalités prennent du temps à avoir des effets visibles sur le terrain, surtout au niveau des choix d’éducation. C’est pourquoi la lutte contre les stéréotypes est une des priorités de la nouvelle "feuille de route" pour l’égalité entre les femmes et les hommes que vient d’adopter la Commission européenne il y a deux semaines. Ce document est primordial puisqu’il remplace la stratégie cadre communautaire en matière d’égalité de genre et qu’il couvrira toutes les politiques internes et externes de l’UE pour la période 2006 - 2010.

Cette "feuille de route" vise à répondre à l’ensemble des défis qui se posent à l’Europe :
- vieillissement de la population
- baisse de la natalité
- viabilité des systèmes de protection sociale
- plein emploi et croissance
- pauvreté et exclusion sociale
- violences contre les femmes et trafics d’êtres humains ;

Cette feuille de route a identifié, en fait, six priorités pour l’action en faveur de l’égalité dans les années qui viennent :
- Indépendance économique égale des femmes et des hommes
- Une autre priorité qui lui est liée est la conciliation entre la vie professionnelle et la vie privée, notamment en renforçant le rôle des hommes et en facilitant les dispositifs de garde des enfants
- Une participation équilibrée entre les hommes et les femmes dans la prise de décision économique et politique
- Il s’agit aussi de l’élimination de la violence et de la traite
- Une promotion de l’égalité de genre au delà des frontières de l’UE c’est à dire dans la politique étrangère et dans la coopération au développement
- L’élimination des stéréotypes de genre dans la société

Avec cette" feuille de route", la politique communautaire continuera d’associer les différents instruments nécessaires à l’amélioration, à savoir la législation, le soutien financier et le "gender main streaming" Les succès en la matière nécessiteront une bonne gouvernance, c’est à dire notamment une implication déterminée de l’ensemble des acteurs susceptibles de faire évoluer la situation : les autorités politiques, de l’UE aux Etats membres et des autorités locales aux autorités judiciaires ; les partenaires sociaux qui ont adopté un cadre d’action en faveur de l’égalité Homme/Femme en 2005 et, bien entendu, de la société civile. Au niveau des stéréotypes, nous aurons besoin d’une forte implication des acteurs éducatifs. C’est primordial si l’on veut que les valeurs d’égalité soient ancrées dans l’éducation de chacun. C’est pourquoi je salue encore tous les acteurs qui se sont impliqués dans ce projet.

Je vous remercie pour votre attention.

Laurent AUJEAN Fonctionnaire à la Direction Générale "Emploi et affaires Sociales"




Maj :26/06/2006
Auteur : ficemea