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Discours de cloture du Secrétaire général de la Ficemea au Congrés d’Aix-en-Provence 2010

Chers amis

Avant de parler de la FICEMEA et de ses positions par rapport aux travaux de ce 10ème congrès, je voudrais au nom des membres du Conseil d’administration de la Ficemea et de son président, remercier la direction des Ceméa français de nous avoir invité, et vous les congressistes de nous avoir accepté dans vos travaux, malgré notre manque d’assiduité lié à d’autres obligations institutionnelles.

Je profite de ce Congrès pour rappeler que la FICEMEA est le résultat d’un projet, celui de rassembler, pour mieux la défendre, la famille des associations qui à travers le monde ont voulu et veulent s’unir pour donner une visibilité internationale à un mouvement d’éducation laïc, progressiste et humaniste : celui des Ceméa. Cette fédération, la votre, la notre, nous réunit de manière affinitaire sur un projet de construction d’une éducation laïque et émancipatrice, affirmant des idéaux d’autonomie, de respect de la personne, de valorisation des apprentissages et des expérimentations, mais aussi sur un projet d’éducation de tous les instants et tout au long de la vie, pour permettre à des hommes et des femmes d’être capables de construire un vivre ensemble harmonieux et solidaire.

Cette convergence d’idée et de philosophie rassemble 48 associations implantées dans 44 pays, en Europe, (celle de l’atlantique à l’Oural), en Afrique, au Moyen Orient (une des premières associations fondatrices de la Ficeméa a été celle des CEMEA du Liban), dans l’Océan Indien et en Amérique latine. Ce regroupement international, au delà de la visibilité qu’il permet, élargit aussi le référentiel de référence des pédagogues de l’éducation nouvelle, en valorisant ceux originaires des pays où sont implantées nos associations membres. Cette diversité de référence peut donner parfois un caractère d’auberge espagnole à nos textes de travail, comme en témoigne notre site internet, mais c’est cette diversité d’approches qui fait notre richesse, notre spécificité et peut être notre exception.

Comme vous le comprenez, le but de la Ficeméa n’est pas d’organiser des actions, que ses associations membres peuvent et doivent conduire mieux qu’elle-même. Son but est de mutualiser les expériences des uns et des autres, de les faire circuler, et de les utiliser comme outils de démonstration et de persuasion auprès d’instances comme l’UNESCO, le Conseil de L’EUROPE, l’Organisation internationale de la Francophonie, ou l’Union européenne. La visibilité de notre projet éducatif est fonction de notre capacité à utiliser notre statut d’organisme consultatif auprès de ces organisations, pour démontrer que le rapport d’activités de la « fédération », est la partie émergée d’un iceberg constitué par l’action de toutes les associations membres. Le but de la Ficemea est de valoriser cette partie immergée et de montrer la force et la richesse des valeurs qui nous animent. D’où l’intérêt pour nous, membres du CA de la Ficeméa, d’être présents ici :

- pour voir les actions que vous avez mises en place,

- pour écouter, et participer aux débats auxquels donnent lieu la réalisation des actions quotidiennes,

- pour questionner et mieux comprendre la logique des enjeux qui sous tendent la partie méconnue de l’iceberg afin de mieux la faire connaitre.

Au terme de ce congrès, le conseil d’administration la Ficeméa souligne l’intérêt et le caractère, non pas universel, mais général que la plupart des thèmes qui y ont été travaillés durant ce congrès représentent pour l’ensemble de ses associations membres.

Il considère que :

• dans un monde où le risque d’une pensée unique nie l’expression de la diversité, la réduisant à un processus d’exclusion qui pousse les uns, au mieux à l’indifférence vis-à-vis de l’autre, au pire à des comportements de repli à caractère identitaire ou communautariste débouchant sur des formes d’intolérance et de racisme,

• dans un monde où certains voudraient faire de l’éducation une marchandise et déléguer l’action éducative au secteur marchand lucratif,

la Ficeméa doit porter sur la place publique internationale les résultats des travaux réalisés autour des 11 thèmes sociétaux de ce congrès, même si ces résultats ont pour certains un caractère un peu franco français, ou ne prennent pas en compte des spécificités régionales, spécificités qui dans certains cas intéressent nos amis des DOM / TOM. 

Je citerai au hasard :

la laïcité, cette valeur que nous partageons tous. Reprise dans la déclaration des droits de l’homme, elle nous impose de ne pas être dans une position négative ou de repli sur nous, mais de la poser de façon affirmative comme outil de dé-aliénation, de libération, de création de lien social, en rappelant aussi qu’elle implique liberté de pensée et de religion, autonomie et esprit critique.

La cohésion sociale et la solidarité, ces valeurs, qui comme nous l’a rappelé Jean Louis Laville, n’ont pas le même sens et la même histoire en Amérique latine ou en Afrique. Il nous est difficile parfois, à nous européens, après avoir déstructuré, dévalorisé et surtout délégitimé des réseaux de solidarité qui nous étaient étrangers, comme l’organisation des « tontines » en Afrique, de réhabiliter ce que nous avons contribué à détruire.

La réussite scolaire , un débat sur les conditions de la réussite scolaire dans le primaire, ne peut pas faire en Afrique ou dans l’Océan indien, l’économie d’une réflexion sur l’apprentissage des langues maternelles locales. Cette réflexion, si elle est fondamentale pour ceux d’entre nous qui menons des actions de développement, l’est tout autant pour ceux qui travaillent à l’amélioration de la réussite scolaire des quartiers ou des zones à grande immigration ;

Par ailleurs, quelque soit l’intérêt de chacun des thèmes des différents ateliers, ils ne constituent pas en eux-mêmes une interpellation politique. L’ensemble doit s’inscrire dans un projet politique interne qui revendique :

• la tolérance pour les idées nouvelles, sans jugement ni parti pris,

• l’écoute des thèses, antithèses, et des synthèses,

• la mutualisation des savoirs (sans appropriations individuelles ou privées), la mutualisation des expériences, des questionnements en respectant et en valorisant l’originalité de chacun d’eux.

L’aboutissement d’une telle réflexion débouche naturellement sur une question en forme de proposition : le prochain congrès des CEMEA pourrait-il devenir un congrès international, ou au moins européen. Préparé par un « Groupe de Production des Orientations » international, il intégrerait des personnes issues des associations membres de la Ficeméa et proposerait l’organisation de consultations préalables auprès des Associations territoriales françaises mais aussi auprès des autres associations nationales. La richesse de la « rencontre » si souvent évoquée par vos invités étrangers deviendrait une des finalités du caractère interculturel de ce congrès et donnerait aux mobilités des uns et des autres des significations nouvelles. Ce congrès international nous permettrait aussi de dépasser l’ère de l’international de la « visite de curiosité » et parfois du voyeurisme pour construire un international de poil à gratter (résister), d’interpellation (mobiliser) et de revendication transnationale (construire).

C’est avec ce rêve que les membres du CA de la Ficemea quittent ce congrès. Et, pour parodier le titre du journal qui a agrémenté nos petits déjeuners, nous lançons un" PACAP !", avec la certitude que l’expérience acquise par la direction des Ceméa français organisatrice de 10 congrès d’une part, la motivation des autres associations nationales présentent ici d’autre part, nous donnent la capacité et les moyens de réussir un tel congrès.

Alors ensemble nous pouvons répondre Chiche !

Marc Geneve




Maj :06/02/2012
Auteur : administrateur