Pour un meilleur « usage du monde »

Extrait de : Le blog des Ceméa sur  Médiapart du 29 nov. 2017

La mondialisation impacte nos différents quotidiens (concurrence, dumping social) avec des niveaux local/global interdépendants et indissociables. Cette mondialisation paradoxale n’encourage pas toujours les rencontres et connaissances des réalités de l’autre, mais plutôt de forts replis identitaires. Dans ce contexte, un mouvement d’éducation comme les Ceméa se doit de relever plusieurs défis.

Face à une mondialisation paradoxale

La mondialisation est une réalité qui impacte nos différents quotidiens (concurrence internationale, dumping social, internet et réseaux sociaux) avec des niveaux local/global parfaitement interdépendants et indissociables. Nous vivons donc une mondialisation paradoxale avec à la fois une démultiplication  des échanges (réseaux sociaux, échanges financiers) et peu de réelles rencontres et connaissances des réalités de l’autre et parfois même de forts replis identitaires.

Dans ce contexte de mondialisation, un mouvement d’éducation comme les Ceméa se doit de relever plusieurs défis :

– Démultiplier les situations inductrices d’interculturalité et d’éducation à l’interculturelle. « Rencontrerestunartdifficile;celasapprend;lenseigneràtousestlatâchepremièredenotrecommunauté» Albert Jacquard. La citoyenneté ne peut pas se vivre concrètement à travers des discours, des institutions européennes éloignées du quotidien des habitants, des jeunes. Elle doit s’incarner dans l’éprouvé en permettant à travers les rencontres l’apprentissage de l’altérité tout au long de sa vie pour acquérir des compétences interculturelles. Favoriser une éducation à l’altérité c’est poser les enjeux de l’égalité et pour y arriver, libérer nos différences.

Appréhender les enjeux, la complexité du monde qui nous entoure. Cette éducation est nécessaire pour construire des remparts contre le racisme.

La construction européenne

La dimension internationale fait partie de la singularité des mouvements d’Éducation nouvelle, qui placent l’humanisme au cœur de leur projet politique. Depuis 80 ans, les Ceméa militent pour une Europe sociale, basée sur la rencontre des peuples. Dès la création de l’association, nos pédagogues  entretiennent des réflexions et échangent des pratiques avec leurs pairs en Europe (Italie, Belgique au départ et aujourd’hui avec des organisations dans 15 pays). La chute du mur de Berlin a permis ensuite de renforcer les liens avec des structures socio-éducatives d’Europe centrale et orientale. Puis, le développement des programmes de mobilité type Erasmus+ ont permis à plus de formateurs et de formatrices d’expérimenter le travail en équipe internationale, de rencontrer de nouvelles associations et de construire des projets. Aujourd’hui cette Europe sociale et solidaire, unie dans la diversité reste encore à construire. Elle apparaît toujours comme une alternative à l’Union Européenne trop centrée sur les institutions et une approche économique libérale. Les Ceméa considèrent la rencontre et les échanges entre personnes nécessaires au renforcement d’une citoyenneté européenne et à la reconnaissance de la société civile pour revitaliser cet espace démocratique. Dans notre réseau, plus de 700 personnes vivent chaque année une expérience professionnelle ou citoyenne dans une quinzaine de pays européens. La mobilité est à la fois une expérience personnelle permettant aux stagiaires la compréhension de réalités quotidiennes différentes, mais aussi une expérience collective incitant ainsi à la solidarité entre territoires. Militer en Europe et à l’international, c’est aussi partager des combats éducatifs majeurs dans un réseau de partenaires (lutte contre le colonialisme, reconnaissance du volontariat, lutte contre la marchandisation de l’éducation).

L’éducation interculturelle

Les dernières élections en France et en Allemagne témoignent de la montée en Europe des nationalismes et le retour de valeurs conservatrices. Les propos ou positions racistes ne sont plus l‘apanage de certains extrémistes mais se sont diffusées dans la société. Ces phénomènes renvoient à notre capacité de vivre ensemble, interrogent notre rapport à l’autre. Les Ceméa forment plus de 27 000 professionnels et volontaires du champ socio-éducatif chaque année et les soutiennent dans leur quotidien. Pour faire face à cette réalité, les éducateurs, les responsables associatifs, les décideurs politiques doivent être mieux formés pour appréhender, comprendre, problématiser la diversité culturelle. Il ne s’agit pas de se limiter à une approche techniciste mais de concevoir l’interculturel comme une démarche permettant l’apprentissage de l’altérité dans une visée politique et sociale du « vivre ensemble » du local à l’international. Comme nous l’avons fait dans les rencontres de jeunes au moment de la réconciliation franco-allemande, nous proposons aujourd’hui des espaces de rencontre et de formation permettant de se sensibiliser à différentes langues et cultures, de prendre conscience des stéréotypes et préjugés, de donner à voir de son identité dans une perspective de compréhension et reconnaissance mutuelle. Ce sont aussi des espaces d’innovation, où chacun est amené à expérimenter ses capacités à agir dans un bain culturel, linguistique différent. L’interculturalité demande de l’égalité dans les rapports entre les personnes, elle n’existe pas dans des relations dominants-dominés. Il n’y a pas d’interculturalité sans justice sociale.

Appréhender les enjeux géopolitiques et s’inscrire dans la solidarité internationale

La construction d’une citoyenneté internationale passe par la rencontre de l’autre, la co-construction de projets pour une reconnaissance mutuelle et un avenir commun. C’est ce qui est développé depuis des années avec nos partenaires du pourtour méditerranéen. Mais pour être partenaire dans une construction sociale commune du monde, cela nécessite des projets éducatifs communs à sa compréhension.

Les enjeux autour de la géopolitique (migrations, importation de conflits internationaux) n’ont peut-être jamais été autant médiatisés qu’aujourd’hui. L’éducation à la géopolitique est alors primordiale pour lever des tabous éducatifs et accompagner les personnes dans leur compréhension. Il faut parler du colonialisme, de la question de la Palestine, de la politique de l’ONU, des parcours migratoires… Mais oser aborder ces sujets « brûlants » demandent de travailler autour de plusieurs axes :

– La formation des éducateurs et des éducatrices à des approches différenciées d’une réalité (historique, économique, sociale…) et à une méthodologie pour appréhender une situation méconnue et complexe.

– Le refus de la négation. Combattre par exemple, l’antisémitisme existant chez certains jeunes, nécessite de comprendre la création d’Israël, le colonialisme et le sionisme. Le déni de ce courant politique ne pourra que renforcer l’antisémitisme lui-même et toutes les dérives complotistes.

– un regard croisé des enjeux géopolitiques grâce à une coopération éducative internationale.

La situation européenne et internationale nécessite aujourd’hui de mettre en œuvre ces intentions éducatives. Le contexte économique fragile ne doit en aucun cas être une raison suffisante pour négliger ces enjeux fondamentaux, mais au contraire un argument de plus pour construire par l’éducation un avenir international moins incertain.

 Isabelle Palanchon et Régis Balry

* Le titre de l’article est un clin d’œil à Nicolas Bouvier, écrivain et photographe, auteur de L’usage du monde, 1963


Aller au delà de la simple mobilité physique lors des séjours à l’étranger grâce à l’accompagnement des personnes dans leur préparation et leur retour au voyage, telle est l’action des Ceméa, mouvement d’éducation. Cette éducation à la mobilité fait partie intégrante du projet européen : devenir citoyen européen actif. Entretien avec Sandrine Dickel.

Interwiew de Sandrine Dickel, ingénieure de recherche à l’université de Bordeaux, ancienne directrice de l’Agence Erasmus + France Éducation Formation.

 

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Publié dans Europe, France, Les associations membres

Les perspectives 2018

Du 10 au 17 décembre 2017 s’est tenu l’Agora internationale de la FICEMEA, au Centre Culturel Marcel Hicter à Namur en Belgique. 80 participant.e.s venu.e.s des quatre coins du monde se sont réuni.e.s dans ce lieu emblématique – Marcel Hicter fut le premier président de la FICEMEA – pour une semaine de travaux, d’échanges et de découvertes dans une atmosphère joviale et interculturelle. L’ambiance vécue conjugué aux retours des participants ont érigé l’Agora en un espace d’exception, soulignant la bienveillance et la cohérence qu’il y avait au quotidien.

C’est donc dans un contexte de valeurs partagées et d’appartenance affinitaire que s’est déroulée l’Agora internationale de la FICEMEA. Durant 8 jours, les activités se sont articulées autour de 4 axes de travail.

Le premier groupe de travail a visé à développer un parcours d’engagement des militant.e.s et jeunes entre les associations membres. Le travail accompli servira d’appui à la réalisation d’un projet européen d’envoi et d’accueil de volontaires. Ce projet va dans le sens des objectifs de l’Agora : renforcer les pratiques de l’Éducation Nouvelle au niveau international pour répondre à l’enjeu stratégique de mieux faire réseau. La finalité pour la FICEMEA est de capitaliser les expériences afin de développer une réflexion politique sur les sujets suivants : développement durable, politiques jeunesse, migrations, démocratie, pratiques artistiques et culturelles, éducation à la paix et droit de l’enfant.

Le second atelier relatif à la recherche action interroge l’accompagnement des publics à partir des pratiques d’Éducation Nouvelle. Elle permettra d’envisager la manière dont les principes de celle-ci sont agis dans différents pays : comment la démarche émancipatrice est-elle envisagée dans des contextes particuliers ? Comment l’Éducation Nouvelle produit des effets pour soi et la société ?

Dans le cadre de cette recherche, LA FICEMEA est accompagnée par Réalisation, Téléformation, Animation (RTA), un laboratoire de recherche belge.

Nous pouvons constater que des éléments d’identité très forts ressortent à travers les interviews et les écrits réalisés par et entre membres de la FICEMEA (12 entretiens et 7 écrits).

Le troisième axe de travail a amorcé la réflexion sur la place des femmes dans la communication orale et écrite, ce qui permettra d’enrichir le « guide écriture égalitaire » de la FICEMEA. L’atelier a tâché de déconstruire les stéréotypes sur l’écriture égalitaire, afin de les dépasser : ce défi a été relevé notamment grâce à l’outil sur la langue macho et une discussion en groupe non mixte. Les discussions ont permis une prise de conscience des participants et une volonté ferme de décliner les propositions formulées au niveau national, au sein de leurs associations.

Au sein de la FI, le défi principal reste d’enrichir le guide sur la communication égalitaire :

  • Plutôt que décliner le guide en plusieurs langues, l’idée est de faire une partie qui s’attache à montrer des exemples d’innovations linguistiques visant à l’égalité de genre ;
  • Ajout d’une section sur la régulation de la prise de parole dans les groupes (à destination des formateurs, animateurs, encadrants …) ;
  • Réfléchir sur la communication égalitaire à l’oral et sur la communication comportementale (outil : langue macho)
  • Recensement des outils pour sensibiliser à la question et amorcer l’utilisation de la communication égalitaire ; des outils distincts pour les enfants, les jeunes et les adultes seront proposés ;
  • Réfléchir sur la manière dont les inégalités linguistiques de genre se traduisent afin d’identifier les stratégies pour faire accepter et utiliser la communication égalitaire dans des contextes divers (exemple : utilisation massive sur les réseaux sociaux …)

Le dernier groupe a travaillé la question du numérique dans les pratiques pédagogiques et associatives. Le numérique change notre rapport au monde et devient un objet politique majeur pour notre mouvement pédagogique. Appréhender les questions politiques, philosophiques et sociales des pratiques liées au numérique, et plus largement des « biens communs », en lien avec les démarches d’éducation populaire. « Le numérique » n’est pas un neutre. Les logiciels, les services proposés par les grandes industries du numérique, pour lesquelles l’éducation est un marché, imposent une vision contraire aux pédagogies émancipatrices. Face à ce « numérique » privateur de libertés, quels sont les enjeux politiques pour nos mouvement dans la promotion d’une approche du numérique libre, collaborative et respectueuse de l’individu ?

Il s’agissait donc pour le groupe:

  • De découvrir et créer des outils collaboratifs pour une utilisation dans les associations.
  • D’interroger la question des ressources pédagogiques ainsi que le sens que l’on donne aux ressources car elles ne sont pas une fin en soi mais un outil au service d’un projet.
  • De s’interroger sur la manière dont le numérique peut soutenir la relation, la création ou au contraire, être un objet d’aliénation ?

Ce groupe de travail a aboutit à la création de la radio FI internationale : entre de sages interviews, musique et fous rires, elle n’a pas cessé de faire parler d’elle !

Ces 4 objets de travail vont constituer le socle des années à venir, fortement lié à l’enjeu transversal et politique que représente notre engagement dans la lutte contre la marchandisation de l’éducation. Si la première étape des travaux a été enclenché à Namur, 2018 sera l’année de leur mise en place concrète grâce aux tenues des quatre commissions régionales de la FICEMEA. En effet, ces instances vont appuyer la mise en place de ces objectifs tout en leur assurant un ancrage territorial certain, permis par leur déclinaison aux différents contextes – notamment géographiques et culturels. Les réflexions issues du travail commun au sein des quatre régions vont par ailleurs permettre de constituer une force politique au niveau local, nécessaire pour la continuité de nos actions.

Lorsqu’on parle d’écriture égalitaire ou de numérique, il faut non seulement appréhender le sujet d’un point de vue technique mais également politique, d’où l’enjeu de se faire connaître davantage dans les espaces régionaux : Afrique, océan Indien et Amérique du Sud, Europe et internationaux.

Tout en veillant à mettre en place l’ensemble de nos objectifs, il est essentiel de renforcer les capacités de plaidoyer de la FICEMEA, ainsi témoigné par la journée publique du 15 décembre à Bruxelles qui a également alimenté une réflexion sur les pratiques artistiques et culturelles. Cette matinée organisée au Conseil économique et social européen (CESE) a assuré la promotion et la reconnaissance institutionnelle du travail de la FICEMEA. Il faut continuer à souligner la différence et le caractère unique de notre fédération.

 

                                               Karini Lefort, chargée de projets associatifs à la FICEMEA

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Agora : discours d’accueil d’Yvette Lecomte, Présidente de la Ficeméa

Centre Marcel Hicter, 10 décembre 2017

Mesdames, Messieurs les représentants des Ceméa,

Mais, avant tout, Cher.e.s ami.e.s,

Trois ans après notre assemblée générale de refondation, nous pouvons nous réjouir d’être à nouveau rassemblés.

Nous voici réunis pour célébrer l’importance de nos valeurs communes, des valeurs pédagogiques de l’éducation nouvelle, inscrites dans une histoire de libération des êtres humains.

Nous voici réunis pour échanger sur les moyens que nous créons pour concrétiser ces valeurs dans des faits et des actions,

Nous voici réunis pour une semaine de mise en commun, de débats, de comparaisons, de contradictions positives et surtout d’apprentissages réciproques.

Aujourd’hui, la Fédération Internationale des Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation active a bien pignon sur rue et sa reconnaissance internationale est effective. L’action relative à la lutte contre la marchandisation de l’éducation, qu’elle a menée en suite des décisions de l’assemblée générale de novembre 2014 et des travaux des commissions régionales a permis de mobiliser et de produire des ressources d’analyse, des programmes d’action et de mobilisation d’institutions qui doivent agir contre le phénomène dont nous voyons chaque jour et les méfaits et l’expansion.

Cette reconnaissance a engagé des organisations internationales comme l’UNESCO, l’OIF, Wallonie-Bruxelles International à soutenir financièrement la mise sur pied de ce séminaire. Et, in fine, nous avons également reçu le soutien de la Commission Européenne pour un programme d’action d’une durée de trois ans. Que ces organismes soient remerciés pour leur soutien.

Nous nous rassemblons tou.te.s en sachant que notre Conseil d’Administration s’est régulièrement assemblé pour suivre le travail et donner des orientations, lors de réunions dématérialisées et lors de réunion physique comme celle que nous avons tenue en juin dernier.

Les Commissions Régionales ont organisé des rencontres, produit des documents de base pour leur travail commun, pour leurs échanges régionaux. Elles ont de ce fait nourri la Fédération. Cette base, bien entretenue, est prometteuse.

Trois ans durant le Comité Exécutif n’a pas ménagé sa peine ni l’investissements des organismes qui y sont représentés pour faire advenir actions, orientations et financement de notre action.

Je veux vous dire que si nous nous rassemblons, c’est aussi grâce à l’important travail fourni par notre Déléguée permanente, Sonia Chebbi avec qui vous avez maints contacts, qui vous donne des réponses ou qui participe à vos travaux ; elle qui porte bien non seulement notre image mais surtout une action qu’elle contribue à forger, notre action. Je suis sûre d’être votre interprète pour la remercier de son implication et de son action.

Notre mission vise l’éducation populaire ; elle se base sur la confiance dans les capacités et les possibilités de chaque individu et sur la confiance dans l’accroissement de la force sociale du groupe, d’une collectivité, des individus conscients de la solidarité essentielle à leur condition humaine, une solidarité essentielle au développement plus harmonieux de celle-ci.

Cette confiance dans l’humain et dans sa créativité, dans le monde que les femmes et les hommes peuvent faire naître et qu’ils veulent transformer est difficile à atteindre dans un environnement qui réifie l’humain lui-même ; dans un monde qui nie l’humain comme sujet et acteur de sa pensée, de ses désirs, qui voudrait le réduire à une marionnette dument manipulée.

Qui a dit que la mission éducative conçue dans cette philosophie est une mission facile ?

Mais qui dira que nous ne pouvons relever le gant et travailler ensemble à ce progrès de notre humanité ?

Durant cette semaine, nous allons être pressés. Mais prenons le temps.

Nous allons être ensemble mais prenons le temps de nous retrouver nous-mêmes pour définir et préciser ce que nous cherchons à réaliser, pour que chacun d’entre nous soit plus fort des échanges que nous aurons poursuivis, pour que nous tous puissions en faire bénéficier les populations que vise l’action de nos organisations.

Sachons nous faire confiance pour entendre des arguments, des contre-arguments, pour s’expliquer et se réexpliquer, pour construire notre mouvement international et aussi, pour nous émerveiller de la créativité des un.e.s et des autres et l’utiliser au profit de nos projets communs.

Nous allons constater des évolutions sociales, politiques, économiques qui ne seyent pas à l’évolution des êtres humains.  Sachons trouver ensemble des réponses pour modifier un cours des choses qui n’a rien de naturel.

Soyons solidaires, avec cette solidarité qui se base sur l’égalité entre les êtres humains et sur les propositions qu’ils portent pour améliorer notre monde.

Cher.e.s ami.e.s, nous allons passer une semaine à constater les intérêts multiples de notre regroupement international, une semaine à chercher et à trouver – j’en suis sure – des améliorations à nos fonctionnements ; nous allons prendre le temps de créer le possible de notre avenir tout à la fois et commun et différencié.

Gardons-nous de croire en une superstructure agissante, voyons plutôt comment mettre en commun nos forces, nos pratiques et nos résultats.

Oui, nous devons créer une part de la force humaine qui œuvrera pour le progrès des femmes et des hommes qui nous entourent.

Nous venons des quatre coins du monde et nous nous rencontrons au-delà des différences et, plus encore, grâce aux différences.

Nous allons, j’en suis sûre connaître une semaine de rencontres, de débats, de renforcement des liens culturels, de ressourcement, de bien être partagé.

Goûtons bien ces moments que nous allons vivre ensemble. Certes, le risque est grand que nous soyons frustrés à la fin de la semaine …  Mais ce sera une frustration positive qui augmentera, je le crois, notre désir d’action commune.

Nous allons renforcer les fondations de nos espoirs, découvrir et mobiliser des moyens d’action ; nous allons construire ensemble et conforter les axes principaux de notre action internationale.

Nous allons les défendre, nous devons les défendre au mieux.

Certes nous mènerons ce projet sur base du plan de travail copieux que nous a préparé Sonia  Chebbi et qu’elle va vous présenter. Il portera sur les parcours de mobilité des jeunes, la communication égalitaire, les concepts que nous utilisons et la définition de nos valeurs, les enjeux du numérique.

Nous le ferons sur base de la présentation de nos pratiques, dans des discussions dans nos lieux et moments d’échanges, dans la mise en commun et le partage de ressources.  Nous le ferons aussi dans les moments informels au bar, dans le bois, dans la neige, lors des repas !

Le 17 décembre, nous participerons à une assemblée générale de la FICEMEA, haut moment démocratique dans la vie d’une association. Nous y ferons le point sur les travaux réalisés et donc, sur le chemin parcouru depuis trois ans. Et nous y déterminerons aussi les conditions de notre développement futur.

Cher.e.s ami.e.s,

Je veux en votre nom remercier le Comité Exécutif qui, dans l’incertitude financière dans laquelle nous étions, a pris le risque financier de l’organisation de cette Agora avec le support des associations membres qui le composent.

Je salue à distance tous les membres qui n’ont pu venir et m’insurger contre les difficultés créées par les dispositifs de contrôle des  déplacements sans cesse renforcés par nos dirigeants politiques.

Néanmoins je veux aussi souligner combien est grand notre désir de rencontre, notre volonté de se tenir solidaires pour combattre l’individualisme forcené qui est dicté par la recherche du profit financier dans tant de nos sociétés.

Merci à Claude Brusini qui nous accompagne durant toute l’année, qui a préparé cette agora avec Sonia Chebbi et qui va nous encadrer durant toute cette semaine.

Merci aux importants « aidants » sur place : les CEMEA belges et en particulier notre trésorier, Geoffroy Carly, Simon Sterkendries et Rym Chettouane qui ont préparé cette Agora, qui sont à nos côtés durant toute cette semaine. Tout comme Karini Lefort qui a une expérience de travail dans le cadre du plaidoyer contre la marchandisation de l’éducation et qui rejoint la FICEMEA pour quelques mois.

Je nous souhaite, je vous souhaite un enrichissement humain formidable, à vous tous qui êtes ici pour apporter, construire et enrichir votre association et vous-même.

Je forme le vœu que la convivialité de nos rencontres et l’implication positive que vous avez vis-à-vis de cette FICEMEA qui vous tient à cœur, nous permettent de produire un bel avenir pour la FICEMEA et pour le développement de l’éducation nouvelle.

Par Yvette Lecomte, Présidente

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Publié dans Actualité, Evénements, FICEMEA

Notre utilité, nos valeurs, nos utopies

De 2014 à 2017, la Ficeméa a travaillé d’arrache-pied à rendre opérationnel son nouveau modèle de fonctionnement ; elle l’avait dessiné en novembre 2014 lors d’une assemblée générale de refondation. En trois ans, les résultats obtenus sont patents et l’Agora tout comme l’Assemblée générale qui se sont tenues en décembre 2017, l’ont brillamment démontré.

En ce début d’année 2018, sur base de notre bilan, je veux me réjouir de l’intensité et de la vivacité de ces résultats : la reconnaissance de la pertinence et de l’importance de nos enjeux par des institutions internationales telles l’UNESCO et l’OIF ; une affiliation de membres qui renforce leurs capacités d’action tant au plan singulier qu’au plan collectif ; un regroupement fédératif qui met réellement en exergue l’importance de la philosophie et des méthodes des pédagogies nouvelles dans les pratiques éducatives, culturelles et, plus largement, dans les pratiques citoyennes.

Notre Agora, organisée du 10 au 17 décembre 2017, a connu un climat extrêmement chaleureux. Cette ambiance a suscité des rencontres, des échanges, des réflexions, des débats, tous alimentés par un feu sacré, brûlant de la fraternité et de la sonorité qui a régné entre les nombreux membres présents.  Beaucoup l’ont souligné à l’issue de notre semaine de rassemblement.

La problématique et l’espoir d’une construction sociale partagée figuraient au cœur de nos débats. Pour y atteindre, une qualité s’est manifestée chaque jour : la reconnaissance réciproque, la confiance témoignée entre nous et dans les processus démocratiques qui sont au cœur de nos méthodes de travail et dont le caractère contemporain est patent.

Les participants ont tout à la fois présenté et mis en discussion leurs pratiques et travaillé à définir le bien commun que nous entretenons sur base des valeurs communes que nous défendons et de leur mise à l’épreuve concrète dans nos actions. Celles-ci sont menées dans des pays, dans des systèmes politiques, dans des cultures dont il est tellement riche de reconnaître l’intérêt de la diversité pour autant que celle-ci serve des valeurs et des principes d’égalité, de liberté, dans une perspective d’émancipation individuelle et collective.

Le nouveau programme d’action préparé par les membres de la Ficeméa et adopté en décembre 2017 va être mis en œuvre par notre fédération qui est faite d’organisations volontaires et de personnes désireuses de poursuivre le partage de valeurs, d’enjeux et d’actions jumelées dans notre communauté d’intérêts.

Nos valeurs et nos méthodes actives sont plus que jamais d’application urgente au moment où les systèmes politiques démocratiques sont terriblement questionnés. Ils le sont d’autorité par des puissances d’argent plus préoccupées de l’intérêt de quelques uns que du bien-être commun ; ils sont questionnés par des populistes irresponsables qui veulent entraîner une majorité vers des rêves de despotes prétendument éclairés. Mais ils sont aussi critiqués par des citoyens avides de progrès social réellement partagé. La philosophie de l’éducation nouvelle revendiquée par la Ficeméa, l’action même de ses membres se développent au cœur de processus qui visent l’entretien et l’émergence de systèmes démocratiques respectant les principes universels d’égalité et de justice. Il est crucial de faire confiance dans l’application de nos méthodes comme dans les résultats qu’elles contribuent à produire.

Yvette Lecomte, présidente de la Ficeméa

 

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Les achats de la rentrée, c ’est forcément rose pour les filles et bleu pour les garçons … et forcément coûteux

Pour les grandes enseignes de supermarchés, c’est même dès le début de juillet que la publicité parle de retour à l’école et que les rayons spécifiques au matériel scolaire fleurissent au plus près de l’entrée des magasins, histoire sans doute que nos chers petits n’oublient pas, dès le 3 juillet,que s’ils sont en « vacances », la rentrée des classes se profile ! Ces rayons ont de plus la particularité d’être dominés par la présence de deux couleurs : le rose et le bleu ! Questionnant ?

La question se pose à beaucoup de parents en cette fin de mois d’août : comment vais-je résister au marketing et à la vision totalement sexuée de l’offre de fournitures scolaires ? Si votre enfant a moins de dix ans, vous aurez droit à l’ensemble des personnages Disney ou Pixar et ceci dans les deux couleurs dominantes. Trouver un cartable, un crayon, une trousse sans Reine des neiges sur fond rose ou sans Flash Macqueen sur fond rouge ou bleu est une mission difficile. Le marketing est malin et efficace : les petites filles sont plus sensibles aux stratégies de vente, ce sera donc plus cher pour elles. C’est ce que certain-e-s auteur-e-s nomment «la taxe rose». Le marketing genré permet aussi d’augmenter la vente. Lorsque le matériel acheté n’est pas genré, il peut se transmettre familialement, mais si la boite à tartines du «grand» Louis est garnie du dernier personnage Disney estampillé «Garçon», sa petite sœur Camille se verra offrir une boite neuve … rose !

L’autre question qui se pose aux parents à chaque rentrée des classes est le coût. La fameuse liste de fournitures demandée par l’enseignant-e ne représente au final qu’une part peu importante des coûts d’une année scolaire. Les achats de cette liste sont estimés à une moyenne de 50 € en maternelle, de près de 200 € en primaire, d’un peu plus en secondaire général, mais explosent lorsque l’on parle de filières professionnelles où l’achat de matériel personnel est parfois très important.

Le moment de ces achats évolue. Il y a trente ans, la liste était donnée traditionnellement à la rentrée ; aujourd’hui, il devient presque obligatoire que celle-ci soit transmise aux parents dès le mois de juin. La liste du matériel devient dès lors non plus celle de l’enseignant-e, mais bien celle de l’équipe du degré, elle est réfléchie entre rangements de fin d’année, bulletins, fatigue… et si les réflexions de l’été amènent l’enseignant à revoir son fonctionnement… c’est trop tard ! Il y a dans ce phénomène de «plus tôt au mieux», bien plus qu’un simple changement de temps. Cela marque le fait que l’école veut démarrer «tout de suite», ne pas laisser le temps à l’enfant et à l’enseignant-e de la transition entre les vacances et l’école. Il FAUT tout le matériel pour être opérationnel-le-s dès la rentrée quitte à ce que le scolaire empiète sur le temps familial des vacances dès l’achat du cartable de l’enfant le 6 juillet !

Un autre budget de plus en plus important est celui des manuels scolaires. Maria Arena, ancienne ministre de l’Éducation, avait prôné son retour dans les cartables en 2005. La ministre avait dès lors lancé une politique budgétaire pour permettre aux écoles primaires et secondaires (au 1 degré) de disposer tous les ans d’un budget pour l’achat de manuels scolaires. Il y avait cependant deux conditions à ces achats : les manuels scolaires devaient être agréés par le ministère et devaient servir comme manuels individuels (l’élève le complétant en cours d’année). Cette politique se perpétue depuis, en ayant cependant supprimé la deuxième condition. Ce fonctionnement semble néanmoins avoir été plus loin que son ambition première. La volonté première était d’apporter une réponse à la discrimination sociale de notre système scolaire, une attention aux plus faibles, une démocratisation de l’accès aux savoirs pour tous ; mais en permettant le retour de l’usage du manuel scolaire à l’école (et ainsi aussi de soutenir l’édition), de nombreuses écoles sont passées au «Tout-manuel» pour lequel les budgets promis ne suffisent pas.

On fait donc de plus en plus appel au portefeuille des parents pour acheter tel ou tel manuel en précisant souvent qu’ une «édition récente» est nécessaire. Il y a derrière cette petite remarque rien de plus qu’une facilité de travail : c’est plus facile de travailler avec une classe où chacun-e possède la dernière version du manuel, mais cela engendre aussi une obligation à l’acheter neuf ou une stigmatisation de l’élève qui aura dû s’acheter son livre en deuxième mains se verra rappeler sa différence sociale à chaque fois que sa veille édition ne correspondra pas à celle de sa voisine ou de son voisin. Dans un système scolaire qui est champion du monde de la discrimination sociale, ce type de «petits détails» ne nous semble pas à négliger. Pour nous, le manuel scolaire a sa place dans la bibliothèque de l’enseignant-e, comme outil de construction, de réflexion de sa pratique, il n’a pas sa place dans les mains de l’élève si l’on considère que la source de son apprentissage doit être celle de son questionnement personnel ou de celui de son groupe et non celle d’un livre écrit par un adulte en fonction d’un programme.

Tous ces coûts de rentrée ont eu pour conséquence de voir fleurir des politiques de «compensation». En Belgique, ce fut l’instauration d’une prime de rentrée scolaire liée aux allocations familiales. Nous questionnons cette politique. Ne valait-il pas mieux faire le choix d’un matériel de base offert aux enfants directement par le ministère pour chacun-e en pouvant être attentif-ve aux différents choix éthiques que cela supposait : choisir un matériel écologique, non-genré, sain … pour diminuer la facture de chaque parent, plutôt que d’offrir un budget dont une part s’en va nourrir les droits de reproduction de Disney …

Secteur École des CEMÉA

Depuis une vingtaine d’années, c’est la course à l’acquisition, la course au «bourrage de crânes», et les manuels (ou plutôt leurs auteurs) qui y ont leur large part de responsabilité. On a sans cesse élargi les programmes, ajouté de nouvelles matières, apporté de nouveaux développements ; toute classe qui se respecte possède aujourd’hui une bonne demi-douzaine au moins de manuels scolaires copieux, développés et complets ; les examens ont exagéré chaque année cet encyclopédisme qui devient comme une hantise mortelle pour l’école.

Célestin Freinet en 1964

 

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Publié dans Fédération Wallonie Bruxelles de Belgique, Les membres

Cours en ligne ouvert à toutes et tous sur la protection de la vie privée

L’informatique et les réseaux envahissent les moindres actions de notre vie avec de nombreuses promesses pour améliorer notre vie quotidienne ou l’usage que nous faisons des ressources de la planète. Ainsi Internet a révolutionné notre façon de communiquer les uns avec les autres ou d’accéder à la connaissance.

Si certains succès des nouvelles technologies sont indéniables, il existe une contre-partie… Pour atteindre ces objectifs ambitieux, les programmes informatiques ont besoin de collecter des données qui traduisent nos actions.

C’est ainsi que nous, utilisateurs d’Internet ou simples propriétaires de smartphones, sommes devenus des producteurs de données qui sont convoitées par de nombreuses personnes, sociétés ou agences étatiques.

L’objectif de ce MOOC est de vous permettre de comprendre :

  • quelles sont les données que vous produisez quand vous utilisez une technologie,     

  • quels sont vos droits en terme de vie privée,   

  • et les mesures que vous pouvez mettre en œuvre pour protéger votre vie privée. 

Dans ce MOOC élaboré par des chercheurs de l’équipe INRIA Privatics, nous aborderons la notion d’identité numérique et les problèmes de vie privée associés à l’usage des courriers électroniques et des smartphones. Ce cours vous conduira ainsi vers un usage éclairé et raisonné des nouvelles technologies qui est bénéfique à tous points de vue pour l’utilisateur que vous êtes !

A qui s’adresse ce cours ?

Ce cours ne nécessite pas de pré-requis : il s’adresse à toutes celles et ceux qui sont soucieux de mieux comprendre les enjeux de la protection de la vie privée sur internet et de mieux maîtriser les outils numériques sur le plan des données personnelles

https://www.fun-mooc.fr/courses/course-v1:inria+41015+session01/about

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Mais oui, mais oui, l’école est finie !

Par Datagueule

Ah, l’école ! On a beau râler pendant toutes ces années où l’on y use les chaises et les tables, il reste qu’on y apprend un paquet de choses, en cours ou en dehors. Sur nous et sur les autres. Du coup, doit-on la voir comme un “commun” ? Un lieu d’apprentissage collectif où grandissent de jeunes citoyens ? Toujours est-il que, ces derniers temps, l’école devient aussi un enjeu économique et sa privatisation a de quoi soulever des questions.

 

DataGueule est une émission de télévision et une websérie hebdomadaire diffusée depuis sur France 4 et sur YouTube et Dailymotion.

L’émission propose des vidéos d’animation traitant de l’actualité sur un mode ludique, et condensé dans un but didactique. Chaque épisode tente de révéler et décrypter les mécanismes de la société et leurs aspects méconnus.

Source Wikipedia

 

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Publié dans Marchandisation de l'éducation, Ressources sur la marchandisation

Première Biennale internationale de l’éducation nouvelle

 

Près de cent ans après la création de la Ligue Internationale de l’Education Nouvelle, les Ceméa, le Crap-Cahiers pédagogiques, la Fespi, l’Icem, la Fi-Ceméa et le GFEN s’associent afin de mettre l’éducation active, la pédagogie, la formation, la recherche au cœur d’un espace collectif de réflexion, de partage d’expériences et d’échanges.

Vous pouvez retrouver l’intégralité des vidéos, des débats, des présentations de pratiques et conférence sur le site de la Biennale ici

 

 

Pour poursuivre la réflexion cliquez sur l’image

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Contre la marchandisation de l’éducation : la mobilisation se renforce

Du 23 au 26 octobre s’est tenu la deuxième rencontre francophone sur la marchandisation et la privatisation de l’éducation à l’Institut de la Francophonie pour l’Éducation et la Formation à Dakar. Cet événement a réuni dans leur diversité 105 délégués issus de 25 pays dans l’objectif de trouver des réponses communes face à la croissance alarmante des acteurs privés dans le secteur éducatif. Partageant l’ambition de construire une éducation publique de qualité, capable d’agir pour que les personnes acquièrent la possibilité (en termes de compétences, de capacités, de désir et d’imaginaire) de se projeter dans la société et d’en définir ses évolutions, ces quatre jours se sont articulés autour de savoirs théoriques mais aussi à partir du travail de terrain.

Les deux premiers jours ont été l’occasion d’échanger sur les enjeux liés à la marchandisation de l’éducation. Lors de la cérémonie d’ouverture, hôtes, partenaires et organisateurs ont pris la parole pour exprimer leur point de vue sur ce phénomène grandissant. La philosophie du réseau francophone contre la marchandisation de l’éducation, qui regroupe les organisateurs de la rencontre, entend promouvoir l’éducation comme l’un des moteurs du développement de nos sociétés. Or, la plénière sur l’état des lieux de la privatisation et de la marchandisation de l’éducation a montré à quel point cette tendance risque de transformer en profondeur les systèmes éducatifs non seulement en termes de dégradation de la qualité des contenus pédagogiques mais aussi de renforcement des discriminations et inégalités. Des représentants étatiques (Belgique, Bénin, Burkina Faso, France, Haïti, Sénégal) et des organisations internationales (UNESCO, CONFEMEN) ont pu également partager leur expérience sur ces enjeux, ce qui a  permis d’approfondir la connaissance des contextes variés dans lesquels elle opère.

Si chaque pays doit faire face à des problématiques bien spécifiques, la marchandisation de l’éducation requiert à la fois la nécessité d’une éducation publique forte et la régulation du secteur privé tout en posant la question des problèmes relatifs à la perte de cohésion sociale et enfin des conditions de recrutement, de travail et de formation des personnels éducatifs. Ces quatre enjeux ont fait l’objet d’ateliers tournants lors d’un après-midi afin de dégager les préoccupations puis les réponses liées à l’émergence d’une vision de l’éducation comme bien marchand.

En effet, face à ces dangereux développements, il est crucial de préciser le modèle de société que nous défendons ensemble et la place que l’éducation occupe aujourd’hui dans nos vies. Quel type d’éducation ? Quel avenir sociétal voulons-nous pour les générations à venir ? Quelles possibilités ouvrons-nous aux jeunes et adultes de demain ?

Ainsi la question de la marchandisation et de la privatisation de l’éducation est une question éminemment politique car elle interroge la manière dont nous souhaitons, en tant que citoyens et citoyennes, organiser et repenser nos sociétés. Assujettir la formation à l’emploi, placer l’éducation sur les logiques de marché, monnayer le champ des activités périscolaires revient à détourner l’éducation de son objectif principal. Outre les problèmes énoncés ci-dessus, la marchandisation et la privatisation de l’éducation ont été interrogées au travers de cinq autres thèmes lors des ateliers simultanés du mardi après-midi.

L’état des lieux sur la marchandisation de l’éducation ainsi que la mise en valeur de ses enjeux majeurs ont ouvert la discussion sur les Principes directeurs de droits de l’Homme relatifs aux obligations des Etats concernant les écoles privées. Dans le contexte de la rencontre – favorisant la synergie entre une diversité d’organisations -, la finalité de ces Principes n’a pas fait consensus auprès de l’ensemble des acteurs et actrices de la défense du droit à l’éducation. Suite à un débat aussi nécessaire qu’enrichissant, il est important de noter que ces Principes n’ont pas pour objectif de légitimer les acteurs privés par la reconnaissance de leur existence. Ils permettent plutôt de poser des bases empruntant aux cadres et recommandations légales pour réguler ces acteurs et servir d’outil juridique pour les organisations qui entendent mener un plaidoyer auprès de leurs États. Les participants ont été invités à commenter et exprimer leur opinion sur ces Principes Directeurs, en cours d’élaboration.

La dernière partie de la rencontre s’est construite autour de la stratégie du réseau, déclinée en quatre lignes directrices : gouvernance/structuration, recherche/études, communication/campagne et suite de l’appel francophone contre la marchandisation de l’éducation. Cet appel, socle commun de cette rencontre, a pour vocation d’alerter les pouvoirs publics et les acteurs de la société civile, de les sensibiliser aux dangers inhérents au processus de marchandisation de l’éducation et de les engager à contrer ce phénomène.

Ces ateliers ont permis de définir les prochaines étapes du travail en réseau. Nous nous sommes engagés, à la suite de la réunion, à travailler ensemble, en synergie afin de bâtir un plan d’action complet pour le réseau francophone que nous constituons. Un élément important de ce plan comprendra l’approfondissement du travail de recherche sur la marchandisation de l’éducation.

Cette rencontre a ainsi mobilisé nos convictions, nos espoirs, mais aussi nos propositions pour constituer une force de résistance et de propositions car des solutions existent et nous ne pourrons réussir cela que si nous réaffirmons le rôle des Etats comme base essentielle des systèmes éducatifs et si ensemble, nous promouvons un système public fort d’éducation pour garantir la qualité de ce Droit.

 

Pour en savoir plus, cliquez ici

 

 

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Témoignages de participant.e.s

« Nous aimerions vous transmettre l’évolution de notre groupe qui a été une énorme évolution intérieure de chacun.e ».

« Je suis arrivée en pensant que … »

La réflexion sur la communication égalitaire a la spécificité de toucher chacun.e dans son présent. L’égalité H/F est en permanence présente dans notre corps. Chacun.e de nous apporte non seulement son savoir, son vécu et surtout ses stéréotypes, ainsi que sa manière d’être ici et maintenant.

Les outils qui ont été utilisés dans l’atelier nous ont permis d’évoluer au plus profond de chacun.e

Continuer la réflexion au-delà de l’aspect de l’écriture pour l’intégrer dans tous les autres aspects de la vie personnelle et professionnelle, comme cela a été commencé ici.

« De la soumission participative à la participation active » : un enjeu essentiel, et c’est le nôtre

Le groupe de travail sur la communication égalitaire


Bonjour,

La semaine à Namur s’est très bien passée pour moi. Cette rencontre fut inoubliable et très riche en émotion : connaissance, échange, partage, rencontre et diversité culturelle. L’atelier auquel j’ai participé “communication égalitaire” m’a permis de revoir notre manière de fonctionner et de me remettre en question sur un certain nombre de choses. Je me suis bien sentie à La Marlagne. J’ai trouvé cet endroit magnifique et impressionnant même si c’était un peu éloigné de la ville mais la grandeur de l’espace m’a permis de me sentir à l’aise. Les échanges que j’ai eu avec les autres personnes d’autres pays m’ont donné envie de revivre le séjour. Je suis partie frustrée car j’avais l’impression de perdre quelque chose de très cher. Je suis partie en larmes et je ne voulais pas dire au revoir car c’était difficile.

L’organisation, en général, était impeccable et je pense que pour la prochaine fois, les conseils que que pourrais apporter sont les suivants :

– renforcer le groupe au niveau logistique;

– favoriser les rencontres (exemple : à table, permettre que chacun puisse rencontrer différente personne à chaque fois);

– avoir un temps de visite de lieu dans la journée;

– valoriser le vidéo maton pour réaliser des témoignages originaux;

Mazena des Ceméa de Mayotte


Bonjour à tous,

En quelques mots, je voudrais remercier toute l’équipe et les organisateurs de la Ficeméa qui ont permis la réalisation de cette semaine formidable.

Je tiens aussi à les remercier de m’avoir invité à y participer même si je ne suis pas venu de très loin, à savoir de Lille et militant des Ceméa des Hauts de France.

Le mouvement des Ceméa représente pour moi non seulement une association porteuse des valeurs de l’éducation populaire, mais elle donne aussi un sens à ma vie quotidienne.

Mon regard s’est illuminé quand j’ai appris que la Ficeméa organisait cette nouvelle rencontre en Belgique à côté de Namur au mois de décembre.

J’ai pu découvrir ainsi une nouvelle dimension de l’action et des valeurs de l’éducation apportées par plusieurs associations internationales mais plus encore, participer à la rencontre de plusieurs dizaines de personnes qui partagent et valorisent leurs actions autour de l’Education Nouvelle, en abordant l’environnement et les rapports humains  par l’action, par la pratique de jeux, de danses et d’activités scientifiques sans prise de tête!

C’était aussi une semaine riche en découvertes culturelles, par la visite de Bruxelles, de ce moment fort à la Commission Européenne et au Festival du film d’éducation.  Que d’images ils me restent en mémoire, que de moments partagés lors des repas et des soirées conviviales!

De ce Centre culturel de La Marlagne, je garde tant de souvenirs, entouré de ses paysages enneigés, de ses salles immenses dans lesquelles nous avons pu exprimer tant nos connaissances autour de l’Education Nouvelle, mais aussi relier plusieurs connexions entre chacun des ateliers et forums auxquelles nous avons pu nous inscrire. J’ai vraiment hâte de poursuivre cette expérience lors des prochaines rencontres internationales et de retrouver avec enthousiasme les militants qui s’impliquent dans cette démarche de la Ficeméa.

 Olivier Laurent des Ceméa France


Un mois après la rencontre de Namur, mes souvenirs sont encore frais! C’est d’abord l’accueil, très chaleureux ce dimanche, 10 décembre, enneigé et froid! C’est ensuite cette atmosphère conviviale qui a régné durant toute l’Agora et qui a favorisé, dans la bonne humeur, les ateliers et les échanges animés et enrichissants! C’est enfin la conviction d’appartenir à une grande famille, la Ficeméa.

Daouda TRAORE de l’Association Seychelloise pour l’Animation et la Jeunesse


Merci de nous avoir donné une fois encore l’opportunité d’exprimer notre point de vue sur notre rencontre de Namur.

Cette Agora a été pour moi un rendez-vous du ” donner et du recevoir”. Les échanges ont tous été très intéressants. Nous avons beaucoup appris des uns et des autres pour l’amélioration et le renforcement des capacités de nos différentes associations.

Amitiés,

Jeanine KOUAMI des Ceméa Togo


Ce fut une expérience enrichissante de rencontrer plusieurs délégués de différentes parties du monde qui militent pour l’éducation comme un outil de changement. Les thèmes abordés durant ce séminaire comme l’éducation progressive, les échanges de jeunes et les enjeux du numérique furent très intéressants. Toutefois nous pensons qu’une rotation des délégués à travers les quatre axes de travail aurait permis une meilleure couverture de connaissances et de pratiques. Les travaux de préparation dans les différentes groupes auraient pu inclure des méthodes plus actives comme des jeux, des activités créatives, entre autres. Nous avons beaucoup appris des présentations des autres organisations, mais nous aurions apprécié pouvoir accéder à plus qu’une présentation par jour. Aussi, nous recommandons que les différentes sensibilités alimentaires et religieuses des délégués soient prises en considération dans la préparation de futures rencontres internationales.
Néanmoins, nous vous félicitons pour avoir maintenu avec les délégués une communication efficace avant, durant et après cette initiative. Nous remercions à la Ficeméa d’avoir entretenu cette Agora et d’avoir fait de votre mieux pour aboutir aux objectifs de cette rencontre.

Très sincèrement,

Yukime Aashiana Venkatasawmy & Trisha Boodhoo
Centre d’Education et de Développement pour les Enfants
Mauriciens (CEDEM)

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